Atomic Box de Natsuki Ikezawa : cavale d’une jeune fille impliquée dans un secret d’État

 

Cet article a été initialement publié sur le site web du quotidien économique japonais Nikkei (Nihon keizai shimbun). Dans celui-ci, le critique littéraire Minato Kawamura propose au lecteur de plonger avec lui dans l’univers d’Atomic Box, un thriller haletant signé Natsuki Ikezawa.

 

Couverture d'un roman japonais alliant développement nucléaire et secret d'État
Couverture japonaise aux éditions ©Kadokawa
 
 

Mishio s’est dit qu’elle devait fuir : voici comment a commencé la cavale de Mishio Miyamoto, professeure de sciences sociales dans une université de Takamatsu. La jeune fille est soupçonnée d’avoir assassiné son père. Des avis de recherches sont placardés dans tout le pays, elle ne peut plus utiliser les transports en commun. Le Japon n’étant pas bien grand, c’est une situation extrêmement délicate pour un suspect en cavale. Néanmoins, grâce à son courage naturel, son intelligence et son charme, elle traversera la mer intérieure de Seto et atteindra la lointaine Tokyo. Ses amis et les personnes qu’elle rencontrera lui viendront alors en aide pour qu’elle puisse s’échapper.

 

 

 

Et si le Japon n’avait pas abandonné le nucléaire ?

Comment Mishio, dont le père était pêcheur sur une petite île de la mer intérieure de Seto et la mère une femme au foyer tout ce qu’il y a de plus ordinaire, s’est-elle retrouvée propulsée dans une telle aventure ? C’est à cause de ce qu’il y avait sur le CD que son père lui a confié sur son lit de mort. Il était autrefois impliqué dans le projet « ASABORAKÉ », un programme de développement nucléaire japonais secrètement fomenté par des membres du parti conservateur. Il trouve alors la mort après avoir mis la main sur ce secret d’État, et sa fille qui découvre la vérité sera alors poursuivie par « l’État » lui-même.

Vue aérienne de la mer intérieure de Seto
Le périple de Mishio l’emmènera à travers les îles de la mer intérieure de Seto (crédit photo ©Takehara kankō)

Il fut un temps où la question de la recherche sur le nucléaire était considérée au Japon. C’était à l’époque où les essais nucléaires chinois étaient couronnés de succès. Ce contexte politique d’après-guerre constitue la toile de fond du roman. Bien qu’en réalité, les recherches en sont restées au simple stade d’étude et n’ont jamais donné lieu au développement d’arme nucléaire, l’auteur a ici choisi d’aller plus loin en imaginant que le programme ait été porté jusqu’à l’étape supérieure.

 

Essai nucléaire chinois dans le Xinjiang en 1964
Le récit s’inscrit dans le contexte politique d’après-guerre, période à laquelle les essais nucléaires étaient légion (crédit photo ©JIJI Press LTD)

C’est donc un secret d’État d’un possible développement d’arme nucléaire. Je ne pense pas être le seul à ressentir un certain malaise à l’idée qu’il n’est pas sûr et certain que ce programme relève de la fiction. Tout comme la loi de protection des secrets d’État spécifiques pourrait tout à fait faire de la vie de citoyens un enfer, à la manière des pouvoirs politiques qui cernent Mishio et font pression sur elle.

 

En ouvrant l’Atomic Box (boîte atomique), tout ce qui en sort n’est que plans mensongers, immoralité et peur. N’est-il pas crucial de la refermer et de revenir aux principes de non-nucléaire ? Un officier en charge du contrôle sur la divulgation de secrets défenses peut-il revenir à sa vie de facteur sur son île une fois démis de ses fonctions ? Tombant à point nommé, ce roman sociétal palpitant propose un dernier « espoir » désabusé préoccupant.

 

 

 

 

 

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