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Editions d'Est en Ouest - littérature japonaise

Parlons un peu mythologie et légendes japonaises…

Les origines

Au Japon, les deux religions principales sont le shintoïsme, animiste et polythéiste, puis le bouddhisme introduit sur l’archipel en 552. Si l’arrivée de cette seconde religion ne convainc pas toute la population, le bouddhisme se répand considérablement suite à l’intronisation de l’empereur Suiko, fervent croyant. Par conséquent naît le Shinbutsu-Shugo ou Shinbutsu Konko, une religion syncrétique qui inclut des croyances et pratiques tirées des deux religions. Si le gouvernement japonais de la période Meiji institua le shintoïsme comme religion nationale et tenta de freiner la propagation du bouddhisme, on observe encore aujourd’hui que beaucoup de japonais pratiquent des rites issus d’une religion ou de l’autre, en fonction des occasions.

Les racines de la mythologie nippone s’ancrent dans les récits du Kojiki (datant de l’an 712 de notre ère), du Nihon shoki (datant de l’an 720 de notre ère) et, pour les croyances bouddhistes, dans le Shintoshu. Le Kojiki et le Nihon shoki compilent des mythes narrant la création des îles de l’archipel et l’histoire des différents kami, les divinités. Le premier est considéré comme le plus ancien texte rédigé entièrement en langue japonaise encore conservé aujourd’hui, et avait pour but de fixer une mythologie officielle afin d’empêcher la remise en cause de l’empereur. Le second, en langue chinoise, narre en plus des mythes l’histoire des empereurs et des évènements politiques contemporains, ce qui en fait une ressource importante pour les historiens travaillant sur l’histoire du Japon. Le Shintoshu présente quand à lui des mythes et croyances bouddhistes, et fonde notamment l’idée selon laquelle les kami seraient simplement des manifestations locales des dieux bouddhistes.

Les divinités japonaises ou kami

C’est par les actions et décisions de ces dieux et déesses que la mythologie nipponeexplique la création du Japon et la naissance de sa civilisation.

L’un des plus célèbres mythes japonais est celui du couple d’Izanagi et d’Izanami qui auraient, enremuant l’océan avec une lance céleste, permis la création du premier morceau de l’archipel qui constituerait ensuite le Japon. Les deux divinités jumelles s’y marient et donnent naissance à d’autres kami majeurs du shintoïsme. Suite à l’accouchement difficile provoqué par la naissance du dieu du feu Kagutsuchi, Izanami perd la vie. Son mari tente alors de la ramener du monde des morts, mais en vain, et à son retour il se purifie dans une source d’eau, donnant par ce geste naissance à Tsukuyomi, Susanoo et Amaterasu.

Cette dernière – déesse du soleil – est sans doute la divinité la plus célébrée du panthéon shinto de par son rôle central, et était même honorée avant le début de l’ère Meiji et la fondation officielle du shintoïsme. Elle représente l’ordre, la justice, la pureté et est l’autorité suprême du monde céleste. Son frère et mari Tsukuyomi, attaché à la beauté, la sérénité, mais surtout l’ordre, est le dieux de la lune et de la nuit.

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Susanoo est le dieux des tempêtes et des mers ainsi que le gardien du monde des morts (Yomi) et est bien connu pour son caractère colérique. Si les trois enfants sortis des deux yeux et du nez d’Izanagi devaient en principe gouverner ensemble le monde céleste, Susanoo en est chassé suite à de trop grosses crises de rage. Celles-ci poussent même Amaterasu à se retirer dans une grotte pendant une année complète, privant le monde de jour et le plongeant dans le chaos. Tsukuyomi est pour sa part banni du monde céleste pour avoir tué la déesse de la nourriture Uke Mochi, lors d’un banquet qu’elle avait organisé, sousprétexte que ses manières à table bafouaient trop l’étiquette. La sœur du dieu lunaire proclame alors que Tsukuyomi, kami mauvais, ne pourra remonter dans les cieux. C’est dans ce mythe que l’on trouverait l’origine de la séparation du jour et de la nuit, Tsukuyomi cherchant éternellement à rattraper Amaterasu dans le ciel. La fratrie compte également les dieux du tonnerre et du vent Raijin et Fujin, très souvent représentés ensemble. On les retrouve dans le shintoïsme comme dans le bouddhisme.

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Parmi les autres kami les plus honorés, nous pouvons présenter Ōkuninushi, kami tutélaire du très important sanctuaire Izumo Taisha, dieu de l’agriculture et de la médecine. Après avoir survécu à maintes épreuves dans le monde des morts, il revint sur Terre en vainqueur avec la bénédiction de Susanoo. Il épouse la fille du dieu et gouverne ensuite la région d’Izumo. Sous le nom de Daikokuten, Ōkuninushi est un des sept dieux de la chance dans lamythologie japonaise.

Inari est la déesse des bonnes récoltes (de riz et de thé principalement) et de l’industrie, et est surtout considérée aujourd’hui comme symbole de prospérité. De par la pluralité de ses rôles, qui se sont adaptés au fil des siècles et des évolutions que connut la société japonaise(comme la révolution industrielle), elle est très populaire et un tiers des temples de l’archipel lui sont consacrés. Les kitsune, renards, sont ses messagers ici-bas.

Le panthéon shinto est composé d’environ 8 millions de kami ! Alors, si vous êtesintéressé(e) par ce thème, il ne tient qu’à vous d’en apprendre sur beaucoup d’autresdivinités, dont nous ne pouvons pas parler ici !

 

D’ailleurs, vous pouvez retrouver la mythologie nippone aux éditionsLe Héron d’argent dans les Contes Japonais, ouvrage illustré par lajeune artiste japonaise Shiitake et recensant les histoires d’un bonnombre de kami et de créatures du folklore de l’archipel !

Des empereurs divins

Si jusqu’à l’entrée en vigueur de la Constitution japonaise de 1946 la famille impériale était considérée comme sacrée par la population de l’archipel, c’est parce que le premier empereur, Jinmu, descendrait d’Amaterasu. On peut retrouver son histoire dans le Nihon shoki et le Kojiki ainsi que celle de son père, petit-fils d’Amaterasu, qui serait descendu sur Terre pour gouverner et s’assurer du respect des dieux ici-bas. Aujourd’hui la famille impériale n’est plus vue comme divine, mais reste une figure autour de laquelle peut se rassembler la population, unie entre autres par cet attachement symbolique à l’empereur.

Des dieux aux esprits

Des yokai puissants… et dangereux

La mythologie nippone est peuplée de nombreux esprits dotés de pouvoirs surnaturels.Certains ont un physique principalement animal, et d’autres ont une allure plus monstrueuse.En voici deux exemples :

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Nous pouvons présenter les tengu (天狗), ces humanoïdes ailés au long nez et à la peau cramoisie qui règnent sur les montagnes. Ils étaient à l’origine maléfiques et agressifs, associés à la guerre. Maîtrisant parfaitement l’art de manier le sabre, ils s’attaquaient aux moines et nones bouddhistes, mais aussi aux enfants. Les légendes racontent que les moines bouddhistes trop vaniteux se transformaient en tengu, ainsi punis pour leur incapacité à réfréner ce vice. Cependant, plusieurs récits parlent de tengu se proposant d’aider des hommes à accomplir leurs desseins en leur apprenant l’escrime, ce qui redora l’image de ces yokai. Les Daitengu ou « Grands tengu» seraient d’anciens érudits et sages très puissants, capables de générer des catastrophes naturelles.

Les Karasu tengu, les « tengu corbeaux » ou « Petits tengu » seraient plus ignorants, au service de leurs supérieurs, et leur apparence tiendrait plus de l’oiseau que de l’homme. S’ils s’en prenaient surtout aux bouddhistes dans les premiers mythes qui les mentionnaient, ils devinrent finalement les gardiens des textes et lieux sacrés bouddhistes, et ils protègent aujourd’hui les familles desmauvais esprits.

Les kappa (河童) sont aussi des yokai plutôt monstrueux : de la taille d’un enfant, ces humanoïdes reptiliens ont des mains et des pieds palmés, ainsi qu’une carapace de tortue. Leur pouvoir leur vient de l’eau stockée dans un plateau creusé au sommet de leur crâne. Lorsque celui-ci se vide, ces yokai perdent leurs pouvoirs et peuvent mourir. Autre caractéristique : ils possèdent trois anus et ne se gênent pas pour polluer l’air de leurs flatulences, en plus de chipper dans les villages. Intelligents, les kappa parlent le langage des Hommes et possèdent des connaissances en médecine. Ils vivent dans les rivières, les étangs et les lacs – d’où leur nom signifiant « enfant des rivières » – et sont considérés par certains comme des divinités.

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On retrouve ces yokai dans des récits datant de l’ère d’Edo, mais surtout dans Les contes deTôno, de Kunio Yanagita, publiés en 1910, qui présentent la ville de Tôno dans la préfecture d’Iwate comme le lieu d’origine des kappa. D’ailleurs, on peut toujours tenter de pêcher une de ces créatures dans l’eau du kappabuchi en utilisant comme hameçon un concombre, leur aliment préféré. Les kappa sont très forts et peuvent aussi être un danger pour ceux qui s’approchent trop de l’eau… en effet, on raconte qu’ils entraînent les nageurs avec eux pour les noyer et les dévorer ! Cependant, vous avez encore une chance d’échapper à un de ces yokai ou de le vaincre si vous êtes sur la terre ferme ; il suffit de trouver un moyen de renverser l’eau qu’il conserve sur le crâne. Alors le kappa, affaibli, vous obéira et pourra même vous transmettre son savoir.

Il existe beaucoup d’autres yokai à découvrir dans le folklore japonais, tels que les Ijin, lesYurei, les Tsuchigumo, les Ningyo ou encore les Yamanba…

Une faune fantastique et emblématique

Le shintoïsme est aussi beaucoup attaché à une pluralité d’animaux symboliques, souventmessagers des dieux sur Terre. Tenjin, dieu du ciel, de la calligraphie et de la littérature a parexemple pour messager un bœuf.

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Nous avons déjà évoqué le kitsune (狐), cet esprit renard aux pouvoirs magiques et à la longévité quasi infinie. Très intelligent, il peut se métamorphoser pour jouer des tours aux Hommes ou pour transmettre un message, lire dans les pensées ou encore prédire l’avenir. Il peut avoir jusqu’à neuf queues qui poussent au fil des siècles en même temps que son pelage passe du roux au doré, avant de blanchir. Les zenko, ou « bons kitsune » servent Inari et sont habituellement bienveillants envers les humains. Les yako sont plus sournois et mauvais, et mènent souvent les Hommes qu’ils prennent pour cible à leur perte, parfois jusqu’à la mort !

Les tanuki (狸) sont aussi populaires. Il s’agit d’une espèce de raton-laveurs japonais (chiens viverrins) qui vivent surtout en forêt. Ils sont représentés depuis l’ère Edo et jusqu’à nos jours ; ainsi, vous en trouverez dans les estampes d’Utagawa Kuniyoshi mais aussi dansl’univers du dessin-animé avec le film Pompoko sorti par les studios Ghibli en 1994. Cet esprit est notamment caractérisé par ses testicules géantes et extensibles, qu’il utilise à diverses fins, ainsi que par ses talents de métamorphe et son caractère farceur. Mais il peut aussi être dangereux ! Il est pourtant aujourd’hui synonyme de prospérité et de chance. On le trouve souvent à l’entrée des bars ou des izakayas traditionnels, symbole de festin représenté par son gros bedon, souvent une bouteille de saké en forme de calebasse accrochée à la ceinture.

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Enfin, le folklore japonais est aussi peuplé de nombreux animaux sacrés et symboliques. Pour n’en citer que quelques uns : la carpe koï, illustration du courage et de la persévérance dans les légendes, la grue tsuru, symbole de longévité, de fidélité et de chance, le chat, la chouette, la tortue, ou encore le lapin…

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Certaines de ces créatures sont aussi fantastiques, comme le dragon, incarnation de la sagesse et gardien des kami, le phœnix symbole d’immortalité, de renaissance et de triomphe, le kirin issu de la mythologie chinoise, ou le yatagarasu, corbeau à trois pattes envoyé du ciel en tant que guide.

Une mythologie toujours au goût du jour

Ces protagonistes sacrés et folkloriques sont honorés lors de plusieurs festivals, et dans de nombreux temples et sanctuaires disséminés dans tout l’archipel. Le Kotai-jingu, qui fait partie de l’Ise-jingu, honore Amaterasu et est le sanctuaire le plus sacré du Japon. Le Fushimi Inari Taisha de Kyoto, dédié à Inari, ainsi que l’Izumo-Taisha d’Izumo, dédié à Ōkuninushi, font partie des plus populaires. Officiellement, le Japon compte 79.000 sanctuaires shinto, mais certains estiment qu’il y en aurait en réalité une centaine de plus.

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