Le kamishibai modernisé
Fondées par Lucie Conteville, les éditions Louison Carton proposent des kamishibai modernisés. Retour sur cet art narratif japonais.

Qu’est-ce que le kamishibai ?
Le kamishibai est un format narratif japonais grâce auquel les artistes racontent des histoires en faisant défiler des illustrations : c’est une sorte mini théâtre ambulant !
Les illustrations sont dessinées sur des planches cartonnées (à l’origine de 37 x 27,5 cm) qui défilent dans un petit théâtre en bois (ou en carton de nos jours) appelé le « butaï » (qui signifie littéralement « scène »). Les illustrations se trouvent sur le recto de la planche qui est tourné vers le public. Le verso, tourné vers le conteur, comporte le texte qui accompagne les images, ainsi qu’une vignette en noir et blanc de l’illustration.
Des origines multiples
Le kamishibai a plusieurs origines possibles.

La première théorie est que cet art remonte à l’époque Nara (VIIe siècle) et trouve son origine dans l’emaki. L’emaki est un système de narration horizontale qui combine calligraphie et illustration. Traditionnellement, les rouleaux sont en papier ou en soie et mesurent généralement plusieurs mètres.
Les illustrations y sont peintes, estampées ou dessinées et le lecteur les dévoile en déroulant son support au fur et à mesure de son histoire. Les thèmes des récits des emaki sont nombreux : légendes, textes religieux, récits historiques, romances, etc.

Selon une autre théorie, c’est l’etoki qui est à l’origine du kamishibai. Cette pratique originaire d’Inde et de Chine est introduit au Japon à l’époque de Heian (Xe siècle). L’etoki est une séance durant laquelle des moines bouddhistes itinérants expliquent la signification de peintures religieuses afin de diffuser leur message. Cette séance d’explication s’accompagne de sermons et de prêches. D’abord réservée à la noblesse, elle s’étend progressivement au tout le peuple avec des séances publiques.

Un grand succès
Le kamishibai prend son essor au début du XXe, pendant la Grande Dépression. En effet, à cette époque l’accès à l’emploi était extrêmement difficile. Ainsi, des milliers d’hommes se sont tourner vers cet art qu’ils pouvaient performer dans la rue. Certains mangakas célèbrent, comme Shigeru Mizuki ou Senpei Shirato, ont d’ailleurs commencé leur carrière grâce au kamishibai.
Le premier kamishibai pour enfant voit le jour en 1923 : il met en scène Ōgon Bat, un personnage inspiré des premiers mangas et qui deviendra le premier super-héros japonais !

Un outil d’éducation et de propagande
En 1931, Imai Yone, une missionnaire catholique japonaise, rentre des États-Unis après un voyage d’études. Elle remarque que les enfants auxquels elle donne des cours sont toujours très heureux d’assister à un spectacle de kamishibai. Elle décide de monter ses propres spectacles afin d’enseigner la foi chrétienne aux enfants. C’est donc elle qui transforme cet art populaire en outil éducatif.
Le succès du kamishibai ne passe pas inaperçu et durant la Seconde Guerre mondiale, il est utilisé comme outil de propagande.

En effet, les planches de kamishibai sont moins chères à produire qu’un film de propagande. De plus, le kamishibai permet de toucher un grand nombre de personne très rapidement. À la fin de la guerre, le Japon connaît une recrudescence des performances de kamishibai. Cette fois encore, c’est parce que le pays connaît une crise économique très forte et que cet art de rue est accessible à tous. C’est ainsi que le kamishibai connaît son plus grand succès dans les années 1950 avec 50 000 productions dans tout le Japon !
Le kamishibai reprend sa place au sein des écoles et reste très populaire jusqu’à l’arrivée de la télévision (d’ailleurs surnommé pendant un temps denki kamishibai : le kamishibai électrique). Avec cette innovation technologique, le kamishibai devient obsilète. Il s’est néanmoins exporté dans le monde dès les années 1970 et est toujours très prisé dans les écoles, les bibliothèques, mais également dans le cercle privé.
Le kamishibai modernisé chez les éditions Louison Carton
Les éditions Louison Carton ont été fondé en 2023 par Lucie Conteville. La volonté de l’éditrice était de proposer une alternative aux écrans pour les enfants et proposer aux familles une manière simple de partager un temps de lecture :
Le kamishibai, je l’ai découvert avant tout comme mère. Mes enfants étaient petits, et je cherchais des alternatives aux écrans qui ne soient pas uniquement des livres, quelque chose qui permette de raconter des histoires ensemble, avec un objet à manipuler, un rituel à installer.
Ce qui lui a plu dans cet art japonais, c’est que le conteur est visible : la lecture n’est pas solitaire mais un moment de partage. Le conteur prend pleinement part à ce moment car les enfants voient son visage et ses émotions.

Elle s’est alors mise à la recherche de kamishibai en librairie mais a été déçue de voir que l’offre était limitée : les kamishibai proposé était souvent chers et pas adaptés aux très jeunes enfants. C’est alors que lui vient l’idée de créer sa propre maison d’édition afin de proposer des kamisibai adaptés aux familles : pensés dès 0 ans, dans un format léger que les familles peuvent vraiment s’approprier.
Lucie choisit ses textes avec attention car elle souhaite publier des histoires qui laissent la place à l’enfant : des textes qui ne sur expliquent pas, qui font confiance à l’imagination, qui peuvent être répétés des dizaines de fois sans s’épuiser. Un personnage attachant aide, bien sûr, mais ce qui me touche d’abord c’est le rythme, l’émotion, ce que le texte ouvre plutôt que ce qu’il ferme.
Les éditions Louison Carton proposent ainsi une dizaine d’histoire aux illustrations colorées adaptées aussi bien aux familles qu’aux professionnels !
Sources :
« Kamishibai », wikipédia
Mickael Lesage, Kamishibai : le petit théâtre de papier japonais et ses multiples usages, le journal du Japon
« Etoki », wikipédia
« Emaki », wikipédia
« Ōgon Bat », wikipédia
Emakimono, ou emaki, évolution d’un art narratif Japonais, Cention édtions
Le site des éditions Louison Carton