Lafcadio Hearn, écrivain irlandais amoureux du Japon
Né sur une île grecque, mort au Japon, de nationalité irlandaise puis japonaise, qui est cet écrivain polyglotte et quel est son rapport au Japon ? Retour sur la riche vie de l’écrivain Lafcadio Hearn.
Une petite biographie

Lafcadio Hearn est né en 1850 sur l’île de Leucade en Grèce d’un père irlandais et d’une mère grecque. Son père est médecin militaire et il quitte sa famille l’année de la naissance de Lafcadio car il est envoyé aux Antilles britanniques. En 1852, Lafcadio et sa mère déménagent à Dublin. Ils vivent d’abord chez la grand-mère de Lafcadio, mais celle-ci ne s’entend pas avec sa belle-fille en raison de sa difficulté à parler anglais et sa foi orthodoxe. Lafcadio et sa mère aménagent alors chez Sarah Brenane, la grand-tante de Lafcadio. C’est chez elle que Lafcadio grandit après avoir été abandonné par ses deux parents.
Lafcadio étudie en France puis en Angleterre. Il passe deux ans France où il apprend le français, ce qui lui permettra par la suite de traduire Guy de Maupassant ou encore Gustave Flaubert.
En 1869, il part les États-Unis : il s’installe à Cincinnati (Ohio) où il devient journaliste pour le Cincinnati Daily Enquirer. En 1875, Hearn est licencié du journal à cause de ses opinions politiques et de son mariage (il a épousé en 1874 une femme noire, ancienne esclave, ce qui était illégal à l’époque en Ohio). Il ne tarde pas à être embauché dans un autre journal. En 1877, il divorce et déménage à la Nouvelle Orléans où il vit pendant près de 10 ans.
En 1887 il embarque pour les Caraïbes. Il s’installe à Saint-Pierre (Martinique) pendant deux ans.
Sa vie au Japon

En 1890, Lafcadio Hearn est envoyé au Japon par son journal. Mais très vite, il abandonne sa profession de journaliste et devient professeur à Matsue (préfecture de Shimane, côte ouest du Japon). C’est dans cette ville qu’il rencontre Setsuko Koizumi, la fille d’un samouraï. Le jeune couple se marie en 1891. Ensemble, ils ont eu quatre enfants. Lafcadio obtient la nationalité japonaise en 1896 (il est d’ailleurs l’un des premiers étrangers à l’obtenir) et adopte le nom de son épouse : il devient Yakumo Koizumi et se convertit au bouddhisme.
Il continue à envoyer des articles à un journal américain (The Atlantic Monthly) et s’intéresse grandement aux mythes et légendes du Japon, particulièrement aux histoires de fantômes. Lui qui a été un grand voyageur toute sa vie ne reste pas au même endroit : il vit à Matsue, Kumamoto, Kobe puis Tokyo où il devient professeur d’anglais à l’Université de Waseda, la plus prestigieuse du pays !
Il meurt d’une attaque cardiaque en 1904 et est enterré à Tokyo selon les rites bouddhistes.
Son rôle dans la diffusion de la culture japonaise en Occident :
Lafcadio se passionne pour la culture japonaise. Sa femme lui fait le récit des mythes et légendes nipponnes qu’il retranscrit en plusieurs recueils. Il écrit de nombreux ouvrages dans lesquels il décrit le Japon et permet ainsi aux Occidentaux de découvrir le pays du soleil levant.
Hearn s’est fait connaître mondialement de son vivant grâce à ses écrits sur le Japon. Ses ouvrages ont une grande importance historique puisqu’il y décrit le Japon pré-industriel de l’ère Meiji (1868-1912).
C’est également à Lafcadio Hearn que l’on doit l’importation du judo aux États-Unis : il convainc son ami, le président Roosevelt d’inviter le grand judoka Yoshiaki Yamashita. C’est grâce à cette visite que le judo devient à la mode dans le pays.
Ses écrits sur le Japon :

Dans Ma première journée en Orient, Lafcadio Hearn partage ses impressions lors de sa première journée au Japon. Il se balade dans les rues de Yokohama et décrit ce qu’il y voit.

Son ouvrage le plus connu est probablement Kwaidan (ou Histoires et études de choses étranges) publié en 1904. Il s’agit d’un recueil de contes qui lui ont été racontés ou qu’il a trouvés dans de vieux ouvrages. Un « kaidan » est une histoire d’horreur qui trouve ses origines dans les contes traditionnels. Dans cette anthologie, Lafcadio Hearn met en scène de nombreuses créatures mythologiques japonaises comme les kistune ou de nombreuses formes de yokai. Les récits consignés par Lafcadio Hearn ont été publiés par de nombreux éditeurs.

Les écrits de Lafcadio Hearn continuent d’inspirer les écrivains et artistes. En 2019, la maison d’édition Soleil publie Histoires de fantômes du Japon puis Esprits et créatures du Japon en 2020. Ces ouvrages utilisent les écrits de Lafcadio Hearn et sont illustrés par Benjamin Lacombe.
Au Japon, les écrits de Lafcadio Hearn occupent toujours une place dans la vie des Japonais : ils sont une fenêtre sur un Japon plus ancien, un Japon d’avant l’influence occidentale. Ses recueils ont permis de faire survivre de très anciens contes et mythes qui auraient pu disparaître sans son travail.
Sources :
« Lafcadio Hearn », pages wikipédia en français et en anglais
Aurore Barreau, Lafcadio Hearn, le goût d’ailleurs., gallica (BNF)
Alice Monard, Lafcadio Hearn : un conteur irlandais transcende le Japon et ses fantômes…, Le Journal du Japon
The Life of Lafcadio Hearn, lafcadiohearn.net