Editions d'Est en Ouest - littérature japonaise

Le Lézard Noir, un polar signé Edogawa Ranpo

Ce roman nous plonge dans le Japon des années 1930. Entre enquête policière, travestissement, cambriolage, psychologie, amour : il y en a pour tous les goûts. Un récit parfait pour les amateurs d’enquêtes bien ficelées, mais aussi les passionnés d’étrange et de rocambolesque.

L’auteur

Edogawa Ranpo

Hirai Tarō, de son nom de plume Edogawa Ranpo, est un écrivain et critique littéraire japonais. Il est considéré comme l’un des pères fondateurs de la littérature policière japonaise.

Né à Nabari en 1894, il étudie l’économie à l’université Waseda et obtient son diplôme en 1916. Son premier roman, La pièce de deux sen, est publié en 1923. Ranpo s’inspire principalement d’auteurs de romans policiers occidentaux, tel qu’Arthur Conan Doyle, mais sa plus grande influence est certainement Edgar Allan Poe : son pseudonyme Edogawa Ranpo est une transcription phonétique du nom de l’écrivain américain (traduit séparément en phonétique japonaise [edogaw], [aran], [po]).

Dans sa troisième nouvelle publiée, L’Assassinat de la rue D, Edogawa Ranpo met pour la première fois en scène son détective, Kogoro Akechi. Le personnage devient alors le principal protagoniste de ses écrits, à l’instar d’Arthur Conan Doyle et son Sherlock Holmes à la logique implacable, ou encore Maurice Leblanc et son Arsène Lupin au génie sans borne.

En 1955, l’association d’auteurs Mystery Writers of Japan crée le prix Edogawa-Ranpo, qui récompense les « romans à mystère » non publiés. Le lauréat remporte 10 millions de yens (un peu moins de 55000 euros), et la chance de voir son manuscrit publié aux éditions Kodansha.

Edogawa Ranpo s’éteint en 1965, à l’âge de 70 ans, suite à une hémorragie cérébrale.

En France, ses romans sont publiés aux Éditions Philippe Picquier et, plus récemment, aux Éditions Le Rat Pendu.

Présentation du livre

Le Lézard noir paraît dans un premier temps sous la forme d’épisodes mensuels dans le magazine « Hinode », en 1934.

Couverture des Editions Philippe Picquier (1998)

La principale antagoniste du roman est une femme au tatouage de lézard, surnommée « l’ange noir ». Dans un récit comme celui-ci, court mais poignant, le narrateur va à l’essentiel. Les intentions du « lézard noir » sont vite dévoilées au lecteur : elle veut s’emparer de l’un des diamants les plus précieux du Japon. Pour cela, son plan est tout tracé : enlever la fille du joaillier qui détient la pierre précieuse et demander le diamant en rançon. Seule ombre au tableau : suspicieux, le joaillier fait appel au détective Kogoro Akechi pour protéger ses deux joyaux.

S’engage alors un duel mémorable entre le détective et le « lézard noir », entre rivalité et admiration. La femme fatale souhaite réaliser un coup de maître avec ce cambriolage, mais aussi s’assurer que son adversaire en soit le premier témoin. Cependant, il ne faut pas sous-estimer la ruse de Kogoro Akechi, qui rivalise avec le génie du « lézard noir » !

 

Mon avis

Je flânais dans une librairie lorsque je suis tombée sur ce livre. Le lézard ondoyant de la couverture a tout de suite attiré mon regard. Étant une grande lectrice de romans policiers, c’était l’occasion parfaite pour m’initier aux polars japonais.

Considéré par beaucoup comme un véritable classique, ce roman a su me plaire et m’étonner. Court, mais efficace, on y retrouve l’ambiance sombre typique des polars, qui contraste avec ses personnages hauts en couleur. L’antagoniste, une femme fatale criminelle, est tout aussi brillante que le détective. Leur opposition m’a tenue en haleine jusqu’aux dernières pages (à la manière des affrontements entre Holmes et Moriarty).

Dans ce livre, le rocambolesque se mêle aux plans bien ficelés, et le duel se meut en un jeu de travestissements où le lecteur s’amuse à démêler le vrai du faux.

Les adaptations

Affiche du film 黒蜥蝪 (1968)

Certains écrits de Ranpo ont été adaptés durant l’après-guerre, dont Le Lézard noir. Le roman a d’abord été adapté en pièce de théâtre par Mishima Yushio. Cette pièce sert d’ailleurs de base à l’adaptation cinématographique d’Inoue Umetsugu en 1962, puis à celle de Fukasaku Kinji en 1968. L’ambiance sombre du cinéma des années 60 se mêle parfaitement à l’intrigue policière dans ce dernier, dont je vais faire l’analyse dans la suite de cet article.

Dès les premières minutes, une musique envoûtante happe directement le spectateur. Le son du saxophone plonge le public dans une ambiance presque onirique.

Les acteurs incarnent et capturent parfaitement les personnages, notamment Miwa Akihiro dans le rôle du « lézard noir ». La bande-son signée Tomita Isao, associée à la voix de Akihiro, rappelle autant la musique traditionnelle japonaise, que le jazz, que les chansons françaises de l’entre-deux-guerres, dans ce film où réflexions psychologiques et philosophiques se mêlent à une enquête riche en rebondissements. Le rythme du film, à l’image de l’écriture efficace du roman, ne laisse pas le temps de s’ennuyer !

Ma scène préférée, tant dans le livre que dans le film, résume assez bien le récit. Le « lézard noir » et le détective jouent aux cartes, en attendant l’heure fatidique à laquelle elle menace d’enlever la fille du joaillier. Cette scène, rallongée dans le film pour faire monter la tension et le suspense, capture parfaitement les faux-semblants et symbolise le duel des deux têtes d’affiche. Les quelques dialogues, presque philosophiques, ajoutés au récit original lors de ce moment clé valent le détour.

Le roman, et les deux films, sont à lire et à voir absolument si vous souhaitez découvrir la naissance du polar japonais moderne, et le cinéma japonais d’après-guerre. En somme, une belle découverte, où enquête, travestissement et faux-semblants font bon ménage. Si ce genre de lecture vous plaît, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil à notre Collection Polar. Des thèmes similaires y sont abordés, dans des atmosphères uniques, et sous des angles tous plus différents les uns que les autres, qui sauront plaire aussi bien à des passionnés qu’à des néophytes !

Pour aller plus loin

    • Bibliographie sur Edogawa Ranpo, établie à l’occasion du colloque : Edogawa Ranpo, ou les labyrinthes de la modernité (octobre 2016 à la MCJP et à l’université Paris Diderot) et de l’exposition Edogawa Ranpo, l’écrivain et ses masques (octobre 2016 à la MCJP)

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