Editions d'Est en Ouest - littérature japonaise

Le koto et le shamisen, les instruments de musique des geishas

Lorsque l’on pense aux geishas, tout un univers se dessine nous nos yeux : maquillage, tenues raffinées et danses hypnotisantes. Mais nos oreilles ne sont pas en reste, car ces artistes jouent de leurs doigts agiles de douces mélodies vouées à accompagner chants et danse : ce sont là les vibrations du koto et du shamisen, deux instruments à cordes emblématiques de la culture japonaise.

 

L’adoption du koto au sein de l’aristocratie japonaise

Koto fabriqué par le facteur de koto Yasujiro Ogura vers 1780 appartenant au musée instrumental du CNSM de Paris (©crédit photo Jean-Marc Anglès)

 

 

Le koto est originaire de Chine. Cet instrument muni de treize cordes appartient à la famille des cithares sur caisse bombée, comme certaines variantes voisines telles que le zheng chinois ou le dan tranh vietnamien. Il semblerait qu’il ait été introduit à la cour impériale japonaise via le début de ses relations diplomatiques avec la Chine durant la période Nara (VIIIe siècle). Il s’est par la suite émancipé du milieu aristocratique et s’est propagé selon les différents bouleversements politiques du pays au fil des siècles : prise du pouvoir par les samouraïs bouddhistes au haut Moyen Âge, développement de la culture marchande et des arts populaires durant la période Edo, etc. Le koto est généralement accompagné d’un shamisen et d’une flûte shakuhachi dans un ensemble de musique de chambre appelé sankyoku (« trio d’instruments »), bien qu’il existe aussi une formation soliste appelée danmono.

 

 

 

Gravure sur bois d'une geisha jouant du koto
Gravure sur bois « Mokuhan kuchie » de Toshikata Mizuno (1899) représentant une geisha jouant du koto pour un samouraï

D’une longueur standard d’1m80, son long corps creux fait de bois est surmonté de cordes en soie, même si des matériaux synthétiques sont privilégiés de nos jours. Pour en jouer, l’interprète dispose généralement l’instrument à même le sol ou sur une petite table basse, et s’agenouille face à celui-ci. Des morceaux d’ivoire, d’os ou de bambou appelés tsume sont attachés aux doigts de sa main droite pour lui servir de plectres qui pincent les cordes tandis qu’il presse celles-ci de la main gauche pour varier la hauteur de la note obtenue.

 

 

 

Le shamisen, un héritage chinois bien plus tardif mais d’autant plus populaire

Photographie d'une geisha jouant du shamisen
Photographie « Geisha jouant du shamisen » de Kōzaburō Tamamura (© Musée Guimet, Paris, Distr. Rmn / Image Guimet)

Autre instrument caractéristique de la musique japonaise, le shamisen est bien plus petit que le koto. Cette sorte de luth n’est munie que de trois cordes (c’est d’ailleurs le sens littéral de son nom), elles aussi en soie, attachées à un manche et une petite caisse de résonnance carrée autrefois recouverte de peau de serpent, de chien ou de chat. À la différence du koto, le plectre bachi (lui aussi en ivoire ou bien fait à partir de carapace de tortue) qui est utilisé pour jouer du shamisen est bien plus gros, c’est lui qui donne à l’instrument sa sonorité si particulière en frappant les cordes. Bien que lui aussi originaire de Chine, le shamisen n’est pas arrivé sur le territoire japonais via la culture aristocratique (contrairement au koto), mais par l’intermédiaire de musiciens errants sur les îles Ryûkyû, l’actuel archipel d’Okinawa. En effet, le royaume se situant entre les côtes chinoises sur le continent et l’archipel japonais au nord, il entretenait des relations commerciales et diplomatiques de longue date avec ses voisins.

Deux geishas jouant respectivement du koto et du shamisen
Gravure sur bois « Sankyoku mitate cho chidori » de Kunihiko Utagawa (1855) représentant deux geishas s’apprêtant à jouer du koto et du shamisen

C’est ainsi qu’on retrouva au XVIe siècle les premières traces de l’instrument dans la région du port de Sakai, au sud d’Osaka, le centre économique majeur du Japon au moyen âge. Les cultures marchande et citadine se développant rapidement durant la période Edo (1600 – 1868), le shamisen s’est rapidement propagé sur tout le territoire, intégrant de multiples formes artistiques : théâtres bunraku et kabuki, récitals chantés utaimono ou contés katarimono, etc. Ces récitals sont très variés et comportent beaucoup de sous-genres : par exemple, les nagauta, de longues performances accompagnant des banquets ou encore les kouta, chants populaires au ton mélancolique joués dans les restaurants et maisons closes. Ce sont par ailleurs ces chants qui étaient performés par geishas et maiko.

L’utilisation du koto et du shamisen par les geishas

Une geisha se doit de connaître plusieurs formes d’arts traditionnels japonais, dont la danse et la musique. Le koto et le shamisen sont des instruments de musique régulièrement utilisés par les geishas. Ils permettent de créer une ambiance particulière et de transmettre des émotions aux invités. Le shamisen produit une musique mélancolique et envoûtante : il est utiliser pour créer une ambiance intime. Le koto, quant à lui, produit une musique douce et harmonieuse : il permet ainsi de créer une ambiance de sérénité. En combinant la musique et la danse, les geishas racontent des histoires, expriment des émotions et rendent hommage aux traditions du Japon.

Cérémonie du thé, matsuri et modernisation de la médecine aux Éditions d’Est en Ouest

 


Deux geishas jouant respectivement du koto et du shamisen
Le Destin de Tsukie – Tôshiro Fujimoto – Pas à pas – Editions d’Est en Ouest

Vous n’allez sans doute pas sans savoir que les geishas sont formées à de multiples pratiques artistiques. Danse, cérémonie du thé ou encore arrangement floral, leur apprentissage consiste à maîtriser tout une multitude de formes d’arts raffinés, d’apprendre à se vêtir de façon élégante et raffinée ce afin de faire la conversation à leurs clients et de leur proposer un moment de divertissement ; et la musique ne fait bien sûr par exception. Ceci explique pourquoi, dans Le Destin de Tsukie, le koto a un rôle central dans le processus de guérison de la jeune maiko Yukie atteinte de démence. Dans son roman historique, Toshirô Fujimoto emmène ses lecteurs dans l’univers des geishas d’un Kyôto en pleine période de transition et de modernisation. Il nous permet ainsi de nous plonger dans des décors tant visuels que sonores, à travers matsuri, cuisine et sites culturels régionaux. N’attendez plus pour découvrir le destin de l’apprentie geisha Tsukie qui se forme à la médecine et la psychothérapie dans un Kyôto entre deux époques !

 

 

 

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Sources

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