Les Éditions du Jasmin
Les Éditions du Jasmin sont une maison d’édition indépendante qui se distingue par un catalogue varié, tant pour les différents genres publiés, que pour l’ouverture au monde que leurs livres affichent fièrement.
Avec plus de 300 titres à leur actif, dont de nombreux récompensés par des prix littéraires, il est clair que la maison ne lésine pas non plus sur la qualité de ses publications. Quand bien même, pour le grand bonheur des petits et les grands, ils s’efforcent encore de dénicher des textes de toutes les cultures, avec un rythme de 12 titres publiés par an. Du monde arabe à l’Afrique noire en passant par l’Asie, il y en a pour tous les goûts : retour sur le profil passionnant des Éditions du Jasmin.

Histoire de la maison
À leur fondation en 1997, les Éditions du Jasmin répondent à un problème qu’ils constatent : il y a peu de livres pour enfants en arabe. Dès leurs premières collections, ils ciblent alors la petite enfance avec des livres proposés en deux langues, français et arabe. Dans cette lignée, la collection « Contes d’Orient et d’Occident » propose des textes à destination des enfants, mais aussi des parents curieux de découvrir ces contes traditionnels. Ces livres invitent au voyage et à la découverte, à l’image des Contes du Japon, de Mayumi Watanabe avec les illustrations d’Éric Puybaret, à la manière de Le destin de Tsukie, écrit par Toshirô Fujimoto et publié chez nous, qui plonge les lecteurs au cœur de la culture japonaise et ses geishas.

Au début des années 2000, le cap de la maison reste alors clair : viser la jeunesse. Peu à peu, ils s’ouvrent quand même : en gardant l’identité pédagogique et multiculturelle de leur début avec la collection « Le petit linguiste » et ses textes bilingues, les Éditions du Jasmin assument un nouveau statut de maison d’édition généraliste, avec des collections telles « Jasmin littérature » et « Jasmin littérature poche » dès 2012. Avec leurs couvertures reconnaissables entre mille, les textes demeurent d’origine variée, et portent le même message d’ouverture sur le monde que la maison a toujours prôné, mais cette fois pour le grand public.
En parallèle, la maison regroupe plusieurs marques éditoriales pour faire perdurer des ouvrages voués à disparaître : La Cabane sur le chien dès 2012, avec des livres surprenants et créatifs qui innovent dans le format et le graphisme, et les Éditions Points de suspension et ses albums pour enfants, qui la rejoignent en 2021. D’autres sont également créées en son sein, telles qu’Artistes en résonance, en 2017, dont les textes présentent des artistes du monde, et Petits carrés en 2019, qui produit de petits livres pédagogiques adorables sur les émotions à destination de la petite enfance.
La volonté de transmettre un savoir aux plus jeunes
Depuis leur création, les Éditions du Jasmin s’évertuent à conserver des valeurs qui leur tiennent à cœur. Si les collections et les genres se diversifient, la ligne éditoriale, elle, n’a pas changé : l’aspect multiculturel et la volonté de transmettre du savoir demeurent le fil rouge de chacun des textes. Que ce soit dans des albums jeunesse, contes, biographies, romans, recueils de poèmes et nouvelles, ou livres bilingues, les lecteurs de tous les âges sont certains d’en apprendre un peu plus sur la culture d’une région.

Prenons pour exemple la série de romans jeunesse La Quête de l’horizon de Didier Debord. Composée de trois tomes, on y suit deux enfants dans leur voyage autour du monde. Au fil de leurs péripéties, ils découvrent les cultures des différents pays qu’ils visitent, en Afrique du Nord dans le premier livre Mahmoud, petit prince du désert, au Mexique dans le deuxième Le Secret de Teotihuacán et enfin au Japon avec le dernier intitulé Au pays du soleil levant. Ces romans représentent une véritable mine d’information pour les petits lecteurs, avec toutes leurs anecdotes et lieux historiques, tel que le Teotihuacán. Ces aventures plaisantes ouvrent à trois différentes cultures, aussi bien pour les enfants que leurs parents qui leur font la lecture !

Un autre titre qui représente parfaitement cette idée est l’album bilingue arabe-français L’alouette et l’éléphant qui illustre parfaitement ces idées. Écrit par Boubader Ayadi et illustré par Neyptune, ce livre pour enfants conte les péripéties d’une alouette déterminée à se venger d’un éléphant qui a écrasé ses œufs. Cette histoire est tirée de Kalila wa Dimna, l’un de textes phares de la littérature arabe médiévale, qui a été traduit de nombreuses fois et a influencé la littérature occidentale avec notamment les Fables de La Fontaine. En éditant un texte si important dans la culture arabe, la maison assure sa transmission et le rend désormais disponible aux petits lecteurs français. Par ses illustrations soignées et son style accessible, L’alouette et l’éléphant pique la curiosité des plus jeunes, les ouvre à la culture arabe, et leur donne le goût de la lecture. En somme, une opération réussie.
Aux Éditions d’Est en Ouest, nous comptons également dans notre catalogue des titres à la même vocation ! Dans notre « Petite collection », l’album Nen’ne, ma couette en coton de soie, de Masako Masukawa et traduit par Anne-Claire Leroux, présente aux petits et grands l’art traditionnel du coton de soie, un savoir-faire tout droit venu du Japon. Le livre accompagne les enfants lors du coucher tandis qu’ils suivent les différentes étapes de la fabrication d’une couette. Avec les illustrations adorables de Masako Masukawa, cela donne un chouette petit livre à lire avant de dormir !
À propos du Japon

En parlant de Japon, revenons aux Éditions du Jasmin. Toujours dans cette volonté de mettre la lumière sur différentes littératures, ils comptent aussi dans leur catalogue plusieurs titres en rapport avec la culture nipponne. Ainsi, leur catalogue poésie comprend quelques recueils de haïkus, ces fameux poèmes japonais en trois vers, à l’image des Haïkus des saisons d’Annick Combier avec les illustrations de Léa Djéziri.
Les haïkus sont de petits poèmes japonais écrits en une seule ligne verticale ! Le genre permet aux auteurs de décrire et célébrer la fugacité des choses, tel que le spectacle de la nature. Ils laissent leurs cinq sens dicter leur plume pour mettre en lumière de brèves scènes du quotidien. En effet, cette forme de poésie joue énormément sur les sensations, aussi bien du poète qui souhaite communiquer les siennes, que celles du lecteur qui s’y immerge pour ressentir cet instant figé. Il n’est pas rare que les poèmes soient purement descriptifs, à l’image de ce haïku de Yosa Buson :
Courte nuit d’été.
Une goutte de rosée
Sur le dos d’une chenille velue.

Toutefois, cela ne signifie pas pour autant que sa forme est négligeable ! Les règles imposées à l’écriture d’un haïku sont strictes : il doit comporter une césure et avoir un rythme bien défini. Là où la prose occidentale utilise les syllabes comme unité de mesure, les Japonais se servent du more. Ce terme désigne un son plus bref que nos syllabes, que l’on pourrait comparer à un symbole phonétique. Ainsi, en langue française, ils sont souvent traduits sous la forme de tercets afin de conserver le rythme des poèmes originaux.
Certains sont également illustrés, comme le recueil mentionné plus haut, mais aussi De fleurs et d’écailles, le Japon en haïga, de Cédric Sueur et traduit par Sachiko Miura. Les illustrations de ce titre créent une véritable harmonie entre les pages et apportent de la cohérence au fil des haïkus. Elles sont appelées sumi-e, et sont réalisées en un seul coup de pinceau pour dépeindre toutes les nuances du noir au gris. Une autre particularité de ce recueil bilingue se trouve dans sa langue. En effet, il s’agit bien d’haïkus rédigés en français ! Tout en respectant les règles traditionnelles du haïku, Cédric Sueur propose aux lecteurs français son interprétation du poème japonais.

Un autre titre remarquable du catalogue des Éditions du Jasmin est Makka Kishu, L’homme qui voulait posséder tous les chevaux du monde, de Jean Michel Morel avec les illustrations de Philippe Moriaud, publié à l’origine par les Éditions Points de suspension, un album aux illustrations détaillées qui donnent vie au récit. Comme annoncé par le titre, on y suit la quête d’un cavalier qui souhaite faire sien tous les chevaux sur Terre, peu importe les torts qu’il cause sur son chemin. Également, à l’image des autres contes que nous avons mentionnés plus tôt, le lecteur tire un enseignement moral de cette histoire
Dans le milieu de l’édition indépendante, les Éditions du Jasmin se démarquent par leur ligne éditoriale altruiste, l’importance qu’elles accordent aux cultures du monde entier, et la diversité et qualité de leur catalogue. Du théâtre arabe, avec La passion de Hallâj de Salah Abdel Sabour (traduit par Randa Sabry), aux contes pour enfants, en passant par la biographie de Lafcadio Hearn, à qui nous avons également consacré un article, la maison proposera certainement un livre à votre goût !
Sources
Petite histoire de la maison d’édition, editions-du-jasmin.com
Auteur invité, « Les Éditions du Jasmin, la littérature qui ouvre au monde… et à l’autre ! », actualitte.com, mars 2025
Auteur invité, « Les Éditions du Jasmin : une maison indépendante qui fait voyager la littérature », actualitte.com, avril 2026
« Les fables de Kalîla et Dimna », essentiels.bnf.fr, juillet 2026